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J’y réfléchis souvent et toujours je dois dire qu’à certains égards mon éducation m’a beaucoup nui. Ce reproche est lancé contre une foule de personnes, ils se tiennent là en vérité, savent pas quoi faire ensemble comme sur de vieilles photographies de groupes, ils ne pensent pas à baisser les yeux et pleins d’impatience ils n’osent pas sourire. Mes parents sont là, quelques membres de la famille quelques professeurs, une cuisinière bien précise, quelques jeunes filles du cours de danse, quelques personnes qui autrefois nous rendaient visite à la maison, quelques écrivains, un maître nageur, un guichetier, un inspecteur d’école, aussi quelques-uns que j’ai rencontrés juste une fois dans la rue et dont je peux me souvenir à cet instant et d’autres dont je ne me souviendrai jamais et d’autres enfin dont je n’ai absolument pas retenu le cours sans doute distrait alors, bref ils sont si nombreux que je dois faire attention de ne pas en nommer un deux fois. Et face à eux tous j’exprime mon reproche, de cette manière les fais entrer en contact les uns avec les autres, mais ne tolère aucune objection. Car j’en ai vraiment assez supporté des objections et comme j’ai été réfuté dans la plupart d’entre elles, je ne peux pas faire autrement que d’inclure ces réfutations dans mon reproche et dire qu’en dehors de mon éducation ces réfutations aussi m’ont à certains égards beaucoup nui.
S’attend-on peut-être à ce que j’aie été élevé dans un lieu à l’écart ? Non, j’ai été éduqué en pleine ville. Pas dans une ruine en montagne ou au bord de la mer, par exemple. Mes parents et leur suite étaient jusqu’à maintenant couverts par mon reproche et gris ; à présent ils l’écartent facilement et sourient parce que j’ai retiré les mains qui étaient tendues vers eux et les ai portées à mon front et pense : J’aurais dû être le petit habitant des ruines qui tend l’oreille vers les cris des choucas, dont les ombres passent sur lui, qui prend le frais sous la lune, brûlé par le soleil, qui, au milieu des décombres, aurait brillé sur moi de tous les côtés sur ma couche de lierre, même après avoir été un peu faible au début sous la pression de mes bonnes qualités qui auraient dû pousser en moi avec la puissance de la mauvaise herbe.

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