Mots-clefs

, , ,

Dicte au bureau une circulaire importante qui s’adresse à l’administration de la police du district. Arrivé à la conclusion, qui doit prendre un peu d’ampleur, je reste bloqué et sans pouvoir faire autre chose que de regarder la dactylo, mademoiselle Kaiser qui, comme à son habitude, devient particulièrement agitée, bouge sa chaise tousse, pianote sur la table, et ainsi attire l’attention de tout le bureau sur mon malheur. L’idée que je cherche acquiert désormais une valeur supplémentaire, celle de la calmer, et plus elle devient précieuse plus elle est difficile à trouver. Enfin j’ai le mot « stigmatiser » et la phrase qui va avec, mais je garde tout dans ma bouche avec une sensation de dégoût et de honte comme si c’était de la viande crue coupée de ma propre chair (cela m’a coûté autant d’effort). Je prononce enfin la phrase, mais je reste avec la grande terreur que tout en moi est prêt pour un travail poétique et qu’un tel travail serait pour moi une solution divine et une véritable manière de devenir vivant, alors qu’ici au bureau je dois à cause d’un document lamentable voler un morceau de sa chair à un corps capable d’un tel bonheur.

Publicités