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Octobre 1911             Je suis nerveux et vénéneux. Hier avant de m’endormir j’avais en haut à gauche dans ma tête une petite flamme froide et vacillante. Au-dessus de mon œil gauche une tension s’est déjà installée. Si j’y pense il me semble que je ne serais même plus capable de supporter le bureau si on me disait que je serai libre dans un mois. Et pourtant au bureau je fais en général ce que je dois faire, suis très calme quand je peux être sûr que mon chef est satisfait et ne ressens pas ma condition comme terrible. Hier soir d’ailleurs je me suis mis exprès dans un état apathique, me suis promené, ai lu Dickens, étais ensuite un peu mieux et avais perdu la force de ressentir la tristesse que je considérais comme justifiée, quoiqu’elle m’a semblé avoir un peu reculé, ce qui m’a fait espérer un meilleur sommeil. Il a été un peu plus profond, mais pas assez et souvent interrompu. Pour me consoler je me suis dit que j’avais certes réprimé une nouvelle fois le grand mouvement qui était en moi, mais que je ne voulais pas me laisser aller comme autrefois après de telles périodes, que je voulais aussi rester conscient des suites douloureuses de ce mouvement, ce que je n’avais jamais fait autrefois. Peut-être pourrais-je ainsi trouver une fermeté cachée en moi-même.

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