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14.X  II

Hier soir au Savoy. Sulamit de A.Goldfaden. A vrai dire c’est un opéra, mais toute pièce chantée est appelée opérette, ce seul détail me semble déjà indiquer une aspiration artistique capricieuse, irréfléchie, qui s’est aussi exaltée pour de mauvaises raisons, coupant l’évolution de l’art européen et l’entraînant dans une direction en partie fortuite. L’histoire: un héros sauve une jeune fille – « je t’adresse ma prière Dieu grand et puissant » – qui s’est égarée dans le désert et qui torturée par la soif s’est jetée dans une citerne. Ils se jurent fidélité (ma chère, ma bien-aimée, mon diamant trouvé dans le désert) en invoquant la fontaine et un chat du désert aux yeux rouges. La jeune fille, Sulamith (Mme Tschissik) est ramenée chez son père Monoach (Tschissik) à Bethléem par Cingitang, le sauvage serviteur d’Absalon (Pipes), tandis qu’Absalon (Klug) fait encore un voyage à Jérusalem; mais là-bas il tombe amoureux d’Awigail une riche jeune fille de Jérusalem (Klug), oublie Sulamit et se marie. Sulamit attend le bien-aimé chez elle à Bethléem. « Beaucoup d’hommes vont à Jérusalem et arrivent sans dommages ». « Lui le galant veut m’être infidèle ! » En laissant éclater son désespoir à plusieurs reprises, elle acquiert une assurance à toute épreuve et décide de se faire passer pour folle afin de ne pas devoir se marier et de pouvoir attendre. « Ma volonté est de fer, de mon coeur je fais une forteresse ». Et encore dans la folie qu’elle simule alors depuis des années, elle jouit tristement et tout haut, ayant imposé cette liberté, du souvenir de son bien-aimé, car sa folie ne traite que du désert, de la fontaine et du chat. Sa folie fait fuir sur le champ ses 3 prétendants avec qui Manoach n’avait pu conclure la paix qu’en organisant une loterie. Joef Gedoni (Urich) « je suis le héros juif le plus fort », Avidanov, le propriétaire (R.Pipes) et Nathan le prêtre ventru et qui se sent supérieur à tous « Donnez-la moi, je meurs d’amour pour elle ». Absalon a eu des malheurs un enfant a été mordu par un chat du désert et est mort, le second tombe dans une fontaine. Il devient conscient de sa faute, avoue tout à Awigail, « Modère tes pleurs ». « Cesse de me fendre le coeur avec tes paroles ». « Hélas c’est tout d’un bloc ce que je dis ». Quelques cercles de pensées se forment autour d’eux et s’évanouissent. Est-ce qu’Absalon doit retourner chez Sulamith et abandonner Awigail ? Sulamit aussi mérite de la compassion. Enfin, Awigail le renvoie. A Bethléem, Manoach se lamente sur sa fille « Hélas ô mes vieilles années ». Absalon la guérit de sa voix. « Le reste, Père, je te le raconterai plus tard ». Awigail dépérit là-bas dans le vignoble de Jérusalem, Absalon a pour seule justification son statut de héros.

Note du traducteur: Variations dans l’orthographe des noms de personnage respectées.

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