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Madame Tschissik (j’aime tellement écrire ce nom) penche volontiers la tête à table, aussi pendant qu’elle mange du rôti d’oie, du regard on croit pouvoir aller sous ses paupières si on longe d’abord prudemment les joues et se faisant tout petit glisse à l’intérieur, ce qu’on peut faire sans avoir besoin de soulever les paupières car elles sont déjà levées et laissent passer ce reflet bleuâtre qui donne justement envie d’essayer. De l’ensemble de son jeu authentique apparaissent çà et là un poing en avant, un bras qui se retourne pour disposer d’invisibles traînes en plis autour du corps des doigts écartés qui se posent sur la poitrine parce que le cri sans art ne suffit pas. Son jeu n’est pas varié: ses regards effrayés vers son partenaire, sa façon de chercher une issue sur la petite scène, la voix douce qui, en une élévation brève et droite, devient héroïque sans se renforcer, seulement grâce à une plus grande résonance intérieure, la joie qui, par son visage ouvert, élargi au-dessus du large front jusqu’aux cheveux, entre en elle, sa façon de chanter seule en se suffisant à elle-même, sans recourir à d’autres moyens, le geste de se dresser au moment où il faut résister, geste qui oblige le spectateur à être attentif à tout son corps; et pas beaucoup plus. Mais là est la vérité de l’ensemble et par conséquent la conviction qu’aucun de ses effets, même le plus minime, ne peut lui être enlevé.

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